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Offrir un parcours individualisé

Rendre les élèves acteurs, autonomes et plus engagés dans leur formation. Parcours d’une mise en place d’une classe « numérique » en cours de maths avec des vidéos de cours et d’exercices.

 

Licence Creative Commons
Ce(tte) œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les Mêmes Conditions 4.0 International.

 

Motivation :

Faire une pause d’un an et demi dans mon enseignement en 2010 m’a permis de faire un bilan sur ma pratique et surtout grâce à l’arrivée de ma fille, d’apprendre et de découvrir comment accueillir un enfant, l’aider à grandir en respectant ses besoins depuis ses premiers jours. Je l’ai beaucoup observée, en essayant d’avoir une place juste, sans intervenir ou en essayant de le faire au minimum afin qu’elle soit le plus possible actrice dans son développement. Accompagner, c’est aussi communiquer. Je me suis alors intéressée à différentes techniques de communication. Ce fut un vrai apprentissage à un niveau supérieur, une nouvelle pratique en commençant à zéro.

A la reprise du travail, une des mes grandes interrogations était : « comment être cohérente entre ce que je fais à la maison et ce que je vais faire avec mes élèves en respectant des valeurs essentielles comme : respect du rythme de l’enfant, autonomie, implication, joie, communication, échanges, coopération ? »

Par ailleurs, j’interviens chaque année depuis 2003 en section BTS. Les classes sont actuellement constituées d’environ 50% d’élèves venant de BAC PRO, les autres sont issus de terminale STI2D ainsi que d’IUT ou DUT. L’hétérogénéité est alors très élevée (aussi bien par le niveau, que par la quantité de travail personnel fourni suivant la filière). J’étais donc également à la recherche d’outils pour jongler avec ces différences. J’ai découvert alors le elearning et la plateforme Khan academy. L’idée d’utiliser la vidéo dans mes cours m’a plu. J’ai alors créé mes premières vidéos en 2010 et peu de temps après le site : www.mathenvideo.fr afin de stocker et d’organiser le savoir créé.

 

Les vidéos sont des séquences courtes, de quelques minutes (4 minutes maximum) portant sur une seule notion de cours (une définition ou une propriété) ou sur une question d’exercices.

 

Exemple de vidéo de cours : 

 

Mise en œuvre et évolution de l’utilisation des capsules vidéos :

 

A la rentrée septembre 2011, j’utilisais les vidéos créées avec une classe de seconde (35 élèves) et une classe de BTS 2ème année Electrotechnique (30 élèves) en mode « classe inversée version basique ». Le principe était le suivant : Les élèves étaient invités à regarder des vidéos (notion de cours ou/et exemples d’application) mises en ligne quelques jours avant la séance de cours. Ils savaient donc exactement ce que l’on allait apprendre, pouvaient l’intégrer une première et le réinvestir en classe.  

Ceux jouant le jeu se démarquaient en participant plus en classe et voyaient l’utilité de procéder ainsi, même s’ils avaient besoin d’être soutenu constamment sur l’usage des vidéos. Ce nouveau comportement dans l’apprentissage nécessite en effet un rappel à l’ordre régulier afin d’ancrer cette nouvelle manière de procéder dans les mentalités et les habitudes de travail personnel.

 

Suivant la classe de BTS sur les deux années, j’ai pu constater à quel point les vidéos étaient bénéfiques pour les élèves venant de BAC PRO, qui investissaient énormément les supports vidéos. Leurs résultats ont augmenté considérablement. Seule la barrière psychologique a eu du mal à être dépassée : comment devenir bons en maths alors que durant des années leurs résultats leur ont prouvé le contraire ?!

Les élèves absents étaient contents également de pouvoir accéder quand même à l’information et se préparer aux devoirs avec les explications vivantes sur le cours.

Les vidéos ont aussi été un outil de soutien pour l’élève sourd présent dans cette classe. L’envie était aussi de lui permettre de réussir avec de nombreuses explications données dans les vidéos puisqu’il n’avait accès qu’à 30% de l’information donnée en classe ! 

Pour les secondes, un courrier a été adressé aux parents pour leur expliquer comment nous allions travailler et comment les vidéos allaient être utilisées. L'adresse du site leur a été communiquée. J'ai également sollicité leur aide et soutien : par exemple par de punition d'ordinateur! J'ai aussi suggéré aux parents de regarder les vidéos avec leurs enfants. En effet, le temps de l'adolescence peut être un moment difficile, souvent caractérisé par des difficultés voire une rupture au niveau de la communication. J'entends également souvent des parents regretter de ne pas avoir le niveau pour aider leur enfant. Ainsi, regarder une vidéo ensemble, chercher à comprendre en discutant, en essayant de faire côte à côte, peut permettre de créer un autre lien, d'autres échanges. Ce faisant, le parent se met en position d'apprenant, montrant à l'enfant qu'il ne sait pas tout. Après 3 mois de pratique, les parents étaient contents et soutenants! Certains ont même avoué avoir regardé les vidéos tout seuls...

 Après 2 années de pratique en mode « classe inversée version basique », j’ai alors décidé de tester lors de cette rentrée 2014 avec deux classes de BTS 2ème année « la classe numérique ». Je préfère cette appellation à la « classe inversée ».

En effet, les élèves rencontrent des difficultés à regarder les vidéos demandées à la maison pour diverses raisons (pas de matériel informatique, problème de connexion, pas assez de débit, travail personnel conséquent, petit boulot à côté de leur formation, pas l’habitude…). Je me suis également demandée : si tous les professeurs utilisaient la « classe inversée » la quantité de travail exigée ne serait-elle pas démesurée ?

J’ai donc opté pour la « classe numérique ».

Du point de vue des élèves :

Lors des séances, les élèves travaillent en salle informatique (lorsqu’elle est libre), contenant 20 ordinateurs, donc au moins un ordinateur pour deux élèves. Ma méthode est la suivante : Je distribue tout le cours à étudier en version papier, qui est un cours à trous. Les élèves regardent en classe, à partir du site www.mathenvideo.fr, les vidéos du cours sachant que celui-ci est entièrement monté en vidéos (définitions, propriétés, exemples). Au fur et à mesure, ils complètent la structure de cours, font les exemples en faisant pause avant de faire défiler la vidéo. Les élèves ont donc continuellement à disposition le cours version papier rendu « vivant » grâce aux vidéos. Ils avancent à leur rythme sachant qu’ils ont des impératifs d’avancement lors de cette séance. Les élèves, n’ayant pas atteint les objectifs à la fin de la séance, auront ce travail à finir à la maison ou au CDI. De plus, un devoir à la maison de synthèse est à rendre à la fin du chapitre.

Si un élève a terminé, il peut avancer sur les fiches d’exercices, sur son devoir à la maison voire commencer le nouveau cours (ou pour des élèves qui se destinent à des filières type ATS, des cours ont été créés sur des notions plus poussées. Ils peuvent donc les étudier à leur loisir.) 

 

Du point de vue du prof :

Je peux alors passer auprès de chaque élève afin de vérifier la rédaction des exercices, donner des consignes, renvoyer à des vidéos antérieures… J’observe à quel rythme avance chacun. Je peux mieux cerner les difficultés sur certaines parties et accompagner l’élève individuellement. Il me semble que je connais mieux encore mes élèves.

 

Des temps collectifs :

Nous faisons des schémas heuristiques afin de vérifier l’acquisition du savoir et faire le lien entre les petites séquences vidéos, qui peuvent donner l’impression d’un savoir très fractionné. Elles sont donc des synthèses ou des points bilan du chapitre étudié.

 Exemple de schéma heuristique sur un chapitre portant sur la résolution des équations et de systèmes trigonométriques : (pour en voir d'autres cliquer ici

 Schéma heuristique sur la résolution d’équations et de systèmes trigonométriques

Premiers constats après 3 semaines de pratique en « classe numérique » :

  •  Les élèves, après une période d’adaptation d’une bonne semaine, sont contents. Certains élèves affichent un visage plus détendu. L’ambiance générale de la classe est agréable. Pour avoir dû faire deux fois cours en mode traditionnel (faute d’avoir pu avoir la salle informatique), j’ai pu observé que « la classe numérique » me demande moins de gestion de classe au niveau du bavardage. J’ai moins d’énergie à dépenser pour motiver tout un groupe classe afin de se mettre au travail ! (ce qui est très agréable pour moi !!) Les élèves ne sont plus agités de la même manière, ou acteurs dans un bavardage excessif. Ils discutent certes, mais leurs échanges tournent autour de points de cours, en coopérant.
  • Les élèves souhaitent continuer sur ce mode d’apprentissage. N’ayant pas eu accès à la salle info, j’ai dû deux fois faire cours de façon traditionnelle. Le bilan fut flagrant : certains refusent de plus en plus ce mode pédagogique en se couchant sur les tables ou en ne faisant rien alors qu’ils sont tous acteurs devant les ordinateurs. Même des élèves très faibles, ayant baissé les bras en classe entière et étant en passivité complète, regardent des vidéos sur d’autres basiques et sont heureux d’avoir appris des choses !
  • Chacun trouve aussi sa stratégie lors du visionnage notamment des exercices, ce qui est aussi une forme d’autonomie à respecter. En effet, certains préfèrent déjà écouter puis ensuite refont l’exercice. D’autres préfèrent chercher dans leur coin, d’autres ont besoin d’être rassurés en rédigeant un peu puis en vérifiant rapidement s’ils sont sur la bonne voie. Ils ont tous des portes d’entrée d’apprentissage et de réinvestissement qui leur sont propres. En « classe numérique », le rythme et le besoin de chacun est beaucoup plus respecté.
  • Les élèves réfractaires à ce principe sont en général ceux qui ont de bons résultats. Ce passage à plus d’implication et d’autonomie les met dans une position inconfortable. 
  • Ces vidéos sont aussi un outil de soutien pour des élèves présentant un handicap (élèves sourds, élèves dyslexiques pour qui entendre la consigne peut faciliter la mise en action). 
  • Ce que je n’avais pas mesuré : la première semaine m’a montré à quel point la démarche traditionnelle est une pédagogie du contrôle, même si j’avais l’impression de laisser de l’espace à mes élèves. Je gère et contrôle le groupe, l’emmène et l’amène là où je l’ai décidé. J’ai donc la conscience tranquille par rapport à ce que j’ai traité dans le programme. Ce nouveau positionnement est une relation de confiance aux élèves, où je leur remets les clés du savoir, en étant complètement disponible pour eux et avec eux. C’est aussi un vrai travail sur moi, une posture de lâcher prise.
  • Néanmoins, de nombreuses contraintes techniques font que cette pratique est loin d’être efficace selon moi à l’heure actuelle. En effet, le lycée n’a pas de borne wifi. Le réseau ne supporte pas les connexions simultanées. Même si des élèves utilisent leur Smartphone, cela n’est pas suffisant pour le soulager. Les élèves peuvent être ralentis dans leur travail ou démotivés par le temps de chargement des vidéos, ce qui est compréhensible ! La solution temporaire, bien que non satisfaisante, est de télécharger toutes les vidéos sur une clé USB que les élèves s’échangent ou alors de déposer les vidéos sur le serveur du lycée. Cependant, en procédant ainsi, on perd l’interface de rangement des vidéos donnée sur le site, qui permet d’avoir une plus grande lisibilité.
  • L’ergonomie de la salle informatique n’est pas satisfaisante : peu d’espace pour respirer, bouger, faire des îlots de travail ou de remédiation.

 

Pour créer les vidéos et les stocker :

  • Un logiciel d’annotation pour faire le fond noir en insérant des images dans le calque afin de pouvoir écrire dessus.
  • Utilisation de Powerpoint pour créer les schémas heuristiques, ainsi que pour quelques cours.
  • Logiciel de capture d’écran pour enregistrer et retoucher les vidéos : Camtasia
  • Création d’une chaîne Youtube : https://www.youtube.com/user/SophieGuichard pour stocker les vidéos. J’ai choisi de laisser toutes les vidéos publiques afin que d’autres élèves puissent les regarder et s’en servir (je mesure aussi l’utilité de ces supports grâce aux retours postés par les apprenants que ce soient des élèves, des personnes reprenant des formations…). Cette matière est aussi mise à disposition des collègues afin qu’ils puissent gagner du temps dans la création et mise en place d’une autre pédagogie. Créer des vidéos prend en effet beaucoup de temps…
  • Création d’un site pour avoir une plus grande lisibilité : www. mathenvideo.fr

 

Et pour la suite …

Je continue en cherchant d’autres pistes pour améliorer, ajuster, affiner le déroulement des séances. Mon envie est de pouvoir mettre des questionnaires en ligne d’auto-évaluation sur les vidéos de cours.

 

Aujourd’hui je souhaiterais ardemment pouvoir utiliser des tablettes hybrides avec des connexions wifi pour être vraiment dans un suivi plus poussé des parcours de chacun, en utilisant en particulier OneNote. Les vidéos seraient ainsi stockées sur OneDrive. Ainsi, une fois, le travail posté chargé, les élèves ne dépendent plus d’internet… Nous pourrions travailler dans une salle de classe, plus grande que notre salle informatique avec une tablette par élève. De plus les élèves pourraient rendre des travaux en temps réel, avec une correction personnalisée, qu’ils pourraient régulièrement compléter, améliorer, affiner suite à mes remarques. Je pourrais aussi les renvoyer sur des aides vidéos ou autres afin qu’ils puissent compléter leurs productions…