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La faune du Guano des Grottes de Santo

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Par Louis Deharveng
La plupart des grottes de Santo abritent des chauve-souris et des salanganes, dont les déjections sont à l’origine d’apports de nourriture très importants sur lesquels se développent des communautés vivantes originales. Aucune étude n’avait été consacrée à l’étude de cette faune guanobie des Vanuatu avant l'expédition Santo 2006.

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Figure 1. Colonie de chauves-souris (Asellicus tricuspidatus) en plafond. Gouffre de Rotal (photo Bernard Lips, identification Vincent Prié)

Les roussettes, grandes chauves-souris frugivores abondantes sur Santo, ne fréquentent jamais les grottes de l’île, où chauves-souris et salanganes cavernicoles sont toutes insectivores. Leur guano est très riche en débris de chitine d’insectes, mesurant jusqu’à plusieurs millimètres. Il se présente en amas de dimensions variées, allant de petits tas placés juste sous un nid d’une salangane ou sous une petite colonie de chauves-souris, jusqu’à d’énormes accumulations nauséabondes pouvant couvrir entièrement sur une grande épaisseur le sol de certaines grottes.

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Figure 2. Chauves-souris (Asellicus tricuspidatus et Miniopterus australis) et guano au sol. Grotte de Sarabo (photo Bernard Lips, identification Vincent Prié)


Ce guano est un milieu très riche en matière organique, et abrite une faune tout à fait originale. On y observe notamment des pullulations d’espèces animales au point que la surface du guano est parfois comme animée en permanence d’ondulations dues au grouillement d’arthropodes divers qui peuvent atteindre des densités de plusieurs millions au m2 .

Nos premières observations sur le guano des cavités de Santo montrent que :
1) le guano y est omniprésent, ce qui est loin d’être le cas dans la plupart des karsts tropicaux;
2) la faune du guano est très différente d’une cavité à l’autre, et parfois même d’un amas de guano à l’autre.

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Figure 3. Salangane dans son nid. Grotte de Fapon (photo Bernard Lips)

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Figure 4. Gastéropode Subulinide (3-4 mm). Grotte de Fapon (photo Bernard Lips)

La base trophique des communautés d’arthropodes du guano est constituée par les déjections des chauves-souris et des salanganes et par les microorganismes qui en assurent la décomposition (bactéries et surtout champignons, très mal connus). Divers invertébrés décomposeurs tirent partie de cette riche source de nourriture. Ils forment des populations oligospécifiques souvent très denses, qui comprennent selon le cas des Gastéropodes, des Acariens (souvent des Uropodes), des mille-pattes Cambalopsidae (une espèce du genre Hypocambala), des Collemboles (dont trois espèces susceptibles de pulluler: Yuukianura sp., Coecobrya sp. et Xenylla sp.), des blattes, des Coléoptères Ténébrionides et des larves en fourreau de Lépidotères Tinéides.

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Figure 5. Diplopodes Cambalopsides (jusqu'à 1 cm). Gouffre de Mba (photo Bernard Lips)

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Figure 6. Collemboles Yuukianura sp (2 mm) et acariens indéterminés (0,5 mm). Gouffre de Rotal (photo Bernard Lips)

De nombreux prédateurs se nourrissent de cette faune très abondante de décomposeurs. Sur Santo, ils comprennent surtout des acariens (en particulier des Gamasides), des Pseudoscorpions et des Chilopodes qui vivent dans le guano lui-même. Autour des accumulations de guano et sur les parois avoisinantes errent des Arachnides variés, araignées, Amblypyges et Schizomides

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Figure 7. Blattes (environ 3 cm). Grotte Autabelchiki sur Aoré (photo Bernard Lips)

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Figure 8. Coléoptères Ténébrionides (environ 6 mm) et larves de Lépidoptères Tinéides en fourreau (environ 8 mm). Grotte Autabelchiki sur Aoré (photo Bernard Lips)

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Figure 9. Chilopode (environ 1,5 cm) et acariens indéterminés (environ 0,5 mm). Gouffre de Rotal (photo Bernard Lips)

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Figure 10. Amblypyge (environ 1,5 cm). Grotte de Fioha (photo Cahyo Rahmadi)

Une partie de cette faune (Uropodes et Pseudoscorpions) est connue pour se disperser par phorésie. Ces arthropodes, dépourvus d’ailes, transportés par d’autres invertébrés, peuvent ainsi coloniser rapidement de nouveaux gisements de guano.

Les relations prédateurs-proies au sein des communautés du guano sont très mal connues, non seulement à Santo, mais dans toutes les régions tropicales du monde. En particulier, le degré de spécificité alimentaire des prédateurs est inconnu chez la plupart des espèces.

L’abondance du guano dans les grottes de Santo nous a permis d’échantillonner de nombreux sites suivant un protocole standardisé. L’identification des invertébrés extraits de ces relevés est en cours. Au-delà des données d’inventaire – aucune espèce d’invertébré guanobie n’était connue de Santo - l’objectif ultime est de détecter quels sont les facteurs à l’origine des différences très importantes de composition faunistique entre différentes cavités et différents amas de guano.