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Etats Unis

A l'automne 2015, quelques semaines avant la COP21 à Paris, l'ONU a publié un bilan des engagements des États qui évalue l’effet agrégé des contributions nationales(INDC). L’analyse, comme d’autres avant elle, confirme que ces contributions sont un premier pas très important, mais insuffisant pour respecter les engagements du Traité de Paris de limiter le réchauffement planétaire à moins 2°C d’ici la fin du 21e siècle. Au regard de l’urgence climatique, tous les États devront revoir leur copie avant 2018 et de préférence dès la Cop22 en novembre 2016 à Marrakech pour traiter les questions d'économie, d'emplois, de santé des populations. L'ONU, relayé par les médias et les analystes de la Cop appellent toutes les parties à prendre des mesures concrètes pour respecter le Traité de Paris les fondations d’un cadre international durable, qui permette de faire évoluer ces contributions nationales pour atteindre l'objectif climat tracé par Kyoto.

Les pays devront placer 3 ingrédients absolument indispensables dans l’accord de Paris :

  • - Un cap mondial sur la sortie des énergies fossiles d’ici à 2050, comme l’indiquent les données scientifiques; - Un mécanisme de fonctionnement solide pour s’assurer que les Etats revoient leurs engagements et les augmentent tous les 5 ans jusqu’à atteindre les objectifs de limiter à 2°C le réchauffement de la planète; - La garantie d’un soutien financier et technologique international accru, notamment pour financer la part des engagements des pays en développement qui est dépendante d’une aide extérieure.

Vous êtes à la tête de la délégation des États-Unis lors des prochaines négociations sur le changement climatique.

Après plusieurs décennies en tête du classement des pays les plus pollueurs de la planète, et n’ayant jamais ratifié le protocole de Kyoto qui doit expirer en 2020 à l'issue de la COP21, les USA sont aujourd’hui prêts à aller vers un traité international sur le climat. Le président Barak Obama appelle la communauté internationale à un sursaut et multiplie les gestes médiatiques pour mobiliser l’attention de ses compatriotes sur l’urgence de lutter contre le changement climatique.

L’engagement américain veillera à ne pas faire porter le plus gros fardeau des mesures économiques pour limiter le changement climatique sur les Etats-Unis, ce qui serait politiquement inacceptable. En effet, L’opinion américaine ne range pas le changement climatique parmi les priorités du pays, qui restent majoritairement celles de l’emploi et de l’économie. Même si les citoyens américains admettent en majorité que le risque climatique est bien réel (certains Etats le vivent déjà), beaucoup s'opposent à ce qu’un accord international sur le climat se traduise par une augmentation des taxes sur l'énergie et par des mesures qui élèveraient le coût de la vie et nuirait à l’économie du pays. Surtout, il est hors de question pour les américains d’endosser seuls la responsabilité historique du réchauffement de la planète.

D’autant qu'après plusieurs décennies en tête du classement des grands pollueurs de la planète, le pays est passé à la deuxième place derrière la Chine et juste devant l'Inde. Très pragmatiques, les délégués américains vont faire pression au niveau international pour que l’accord global répartisse les efforts à accomplir entre pays industrialisés et émergents et limite les émissions de gaz à effet de serre des pays devenus les plus pollueurs de la planète (Chine et Inde en absolu, Australie, Canada, Corée du Sud, Qatar, Koweit en taux/habitant). Aujourd'hui convaincus des risques que pose le dérèglement climatique, les USA cherchent à négocier un accord global pour réduire les émissions globales de GES en assurant leurs intérêts propres et le maintien de . En même temps, ils veilleront à obtenir rapidement une indépendance énergétique sur leur sol.

Pour les USA, l’enjeu des négociations est d'abord économique. Deuxième plus gros émetteur de GES, les USA représentent 12% des émissions mondiales de GES, soit un taux de 18,3 teCO2/habitant. Le recours aux énergies fossiles reste encore très important: elles satisfont près de 82% de la consommation nationale d’énergie primaire. Pour subvenir à ses besoins en énergie, et dans la grande tradition de ce pays pionnier, les USA prospectent intensivement les ressources sur leur sol, et depuis 2009, sont devenus le premier producteur de gaz naturel au monde , notamment grâce à la mise en exploitation de ressources dites « non conventionnelles » (gaz naturel et pétrole). selon l’AIE (Agence internationale de l'énergie), l’ensemble de ces ressources pourrait permettre au pays d'atteindre son indépendance énergétique à l’horizon 2035.

Le président Barack Obama a annoncé un plan énergie ambitieux pour diminuer ses émissions de GES : il renforce ses objectifs de baisse à 26-28% en 2025 par rapport à 2005 en doublant le rythme de réduction des émissions entre 2020 et 2025. Cet effort redoublé, présenté par Barack Obama, est à saluer même s'il ne permet pas de limiter la hausse des températures à +2°C. Il impose aux centrales électriques américaines une forte baisse d’émission de l'ordre de 32% d'ici 2030 pour parvenir à l'objectif national à l'horizon 2025. Les USA s'engagent également à ne pas inclure les marchés de compensation (marché carbone) dans leurs effort de réduction des GES. A noter toutefois que la date de référence de 2005 (au lieu de 1990 selon le protocole de Kyoto) à partir de laquelle les USA mettent en place les mesures de réduction correspond à un pic d'émission que le pays a connu cette année là. Mais l'actuelle composition du Congrès n'est pas favorable au Président en fin de mandat qui a donc peu de perspective d'action sur le moyen et le long termes. Et avec une économie toujours fragile, existe la peur que des mesures pour limiter les futures émissions nuisent aux entreprises et aux travailleurs américains. Cependant, de récentes études, dont le rapport bipartite «Risky Business», signé par des secrétaires au Trésor américain des deux bords, montrent que les coûts de l'inaction seraient très élevés alors que la plupart des régions des Etats-Unis bénéficieraient d'une politique de réductions des émissions. Un autre rapport, le 2014 US National Climate Assessment souligne que le changement climatique frappe d'ores et déjà les 50 Etats américain et que, sans réductions drastiques des émissions, les conséquences n'en seront que beaucoup plus graves.

L'enjeu des négociations est également politique : celui de s'assurer qu'un accord solide et chiffré soit ratifié par la Chine et l'Inde, dont les économies sont en forte croissance, et celui d'envoyer un signal fort aux pays du Nord, comme le Canada, l'Australie et le Japon, la Corée du Sud pour qu'ils s'alignent sur Washington dans leurs engagements. Jusqu'à présent, les contributions de ces pays sont inadéquates : sans des réductions importantes d'ici 2050, leurs émissions combinées vont largement dépasser celles des USA (la Chine représente déjà plus de 25% des émissions globales de CO2, soit plus que les Etats-Unis, le Mexique et le Canada combinés). Les USA vont donc chercher à faire pression pour mieux répartir leurs efforts. Autant pour sensibiliser l'opinion de ses concitoyens que celle des états du monde en particulier les pays alliés des USA, Barack Obama a récemment mobilisé les médias dans ses différents déplacements et a plaidé en Alaska pour l’urgence de lutter contre le changement climatique. A Anchorage, devant une réunion des pays riverains de l’Arctique, M. Obama a appelé la communauté internationale à un sursaut. « Nous n’avançons pas assez vite. Le climat change plus rapidement que nos efforts pour y répondre », a-t-il dit, lundi 31 août, sans occulter la responsabilité particulière des Etats-Unis, deuxième pollueur mondial.

Une avancée décisive des USA sur le dossier climatique depuis 2014 est l’accord Chine/États-Unis, deux pays qui représentent aujourd’hui 42 % des émissions de CO2 de la planète. La Chine s’est engagée à baisser ses émissions de CO2 à partir de 2030 et à produire, à cet horizon, 20 % de son électricité à partir d’énergies décarbonées. Le président américain Barack Obama, qui a fait de la lutte contre le changement climatique une priorité, a présenté son plan pour le secteur énergétique des Etats-Unis (America’s Clean Power Plan), dans lequel il impose aux centrales électriques américaines une forte baisse d'émissions de gaz à effet de serre de l'ordre de 32 % d'ici 2030, pour parvenir à l'objectif national de 26 à 28 % de baisse des rejets à l'horizon 2025 par rapport à 2005. Les USA et la Chine (avec l'accord de novembre 2014) investissent massivement dans la recherche sur l'énergie positive et en font leur nouveau business model : comment gagner de l'argent en économisant de l'énergie. En Californie, on invente la convergence entre économie numérique et économie verte, le nombre de brevets de technologie verte ne cesse d'augmenter et l'Etat montre la voie en promettant de baisser de 40% ses Emissions en 2030 par rapport à 1990.

Paradoxalement (certains analystes disent que le Pentagone souffle le chaud et le froid sur les négociations climat), l'engagement des pays avancés pourrait être revu sous la pression de l'accord commercial de libre échange et de Partenariat transpacifique (PTP) signé entre 12 pays d'Asie-Pacifique à l'initiative des USA (Australie, Brunei, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapour, Vietnam). Cet accord constitue 40% de l’économie mondiale (800 millions d’habitants qui produisent environ deux cinquièmes du produit intérieur brut (PIB) mondial) est considéré comme une arme géopolitique utilisée par le gouvernement des États-Unis qui tente d’isoler la Chine dans la région Asie-Pacifique et de bloquer les formes alternatives de développement au modèle « libre-échange ». Le PTP pourrait renforcer le manque d’action dans la lutte contre les changements climatiques et contre la pauvreté dans le reste du monde.

Les USA promettent de financer l'aide aux pays en développement, ce qui aura sans doute un réel impact au niveau des pays industrialisés en particulier pour abonder le fonds climat de l'ONU et aider les pays pauvres et ceux en développement. Les pays pauvres et en développement porteront leur argument sur le fait qu'ils peuvent limiter leurs émissions en GES à travers le programme REDD (Réduction des Emissions liées à la Déforestation et à la Dégradation des forêts). Or, les précédentes Cop ont montré que la déforestation continue dans ces pays malgré le soutien du programme REDD. Il n'y a donc aucune garantie qu'un accord nouveau soit vraiment appliqué à Paris.

Comme plusieurs autres pays du Nord, les USA possèdent de puissants lobbys climato-négationnistes ou partisans du statu quo, qui ne ne sont pas prêts à jouer un rôle de bailleurs internationaux de l'aide en faveur des pays en développement, notamment les pays les plus vulnérables. S'ils se montrent incapables d’honorer la promesse faite en 2009 de rassembler 100 milliards de dollars (88 milliards d’euros) par an d’ici à 2020 en faveur des pays en voie de développement, qui sont les plus touchés par le réchauffement "cela peut faire dérailler la conférence de Paris". Certains pays industrialisés jouent sur la date de référence à partir de laquelle ils vont mettre en place des mesures de réduction (dans le protocole de Kyoto, cette date devrait être 2030 par rapport à 1990) comme le Canada ou l'Australie. D'autres incorporent les puits carbone (les forêts) dans leurs contribution (la Russie, le Canada, la Suisse) ou le marché carbone (un marché de compensation) pour acheter des crédits en participant à des projets de réduction de GES à l'étranger et éviter ainsi des réductions trop importantes sur leur sol (Suisse, Canada, Japon).

Enfin, il y a un impératif de sécurité qui est liée au climat, selon le Pentagone. Les crises syriennes, tchadiennes, maliennes sont d'abord des crises climatiques de sécheresses et de désertification. Le Pentagone parle de l'enjeu moral à lutter contre le changement climatique, vis-à-vis des générations futures, des pays pauvres et de leurs populations qui en sont les premières victimes. Barack Obama, qui a reçu le pape François, a déclaré que les phénomènes du changement climatique sont des démultiplicateurs de menace qui déstabilisent les communautés locales, entraînent des migrations intérieures ou à grande échelle et développent la pauvreté et les conflits. Les USA misent sur Paris pour que la Cop21 soit aussi une conférence pour la paix et la sécurité dans le monde. Analyse de la contribution USA par CAT Résumé de la contribution des USA sur maCop21

Barack Obama sera présent à Paris dès l'ouverture de la Cop21. L'engagement américain est donc très attendu car son influence pèse lourd dans la balance géopolitique au niveau international.

 

Articles et sources

Présentation de la contribution des USA sur France Diplomatie

Mix énergétique des USA selon Connaissance des énergies

Le monde est devenu trop petit L'obs du 27 août 2015

Les producteurs face à la baisse du prix du pétrole L'obs du 27 août 2015

L'Afrique et la population mondiale Télérama, 16 septembre 2015

Le "Clean Power plan" d'Obama fait une différence (en anglais) 4 août 2015

Les engagements sur Le Monde

La question du financement peut faire dérailler la Cop21 Le Monde du 5 juin 2015 Premiers pas pour l'aide financière Libération du 8 octobre 2015

 

Conférences

Les énergies fossiles dans le monde de l'énergie, Yves Mathieu, IFP