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L'Inde

Par Anne Chemin-Roberty Dernière modification 29/01/2020 16:43
Vous êtes à la tête de la délégation de l'Inde
lors des prochaines négociations sur le changement climatique
au musée des Confluences

 

Situation énergétique de l'Inde

L'Inde est le 3e consommateur d’énergie au monde (775 Mtep en 2013) après la Chine et les États-Unis . 

L'Inde est le 3e émetteur de gaz à effet de serre, en particulier de CO2, avec 6,4 % des émissions mondiales en 2015, derrière la Chine : 28 % et les États-Unis : 15,5 %.

Rapportée au nombre d’habitants, sa consommation est encore très faible : 0,65 tep, soit le tiers de la moyenne mondiale (1,86 tep), et 11 fois moins que celle des États-Unis (6,80 tep) et ses émissions étaient en 2015 d'environ 2 teCO2/h/an, soit 5 fois moins qu'un Européen et 10 fois moins qu'un Américain) et très inférieures à la moyenne mondiale : 4,40 teCO2/h.

MAIS, les émissions ont augmenté de 67% entre 1990 et 2012 et si rien n’est fait pour changer son modèle de développement, celles-ci devraient presque doubler d’ici à 2030 ce qui ferait du pays le deuxième émetteur de GES au monde, en doublant les USA.

Peuplée de 1,3 milliard d'habitants (2e pays le plus peuplé après la Chine), l'Inde connaît l’une des plus fortes croissances au monde, comprise entre 7 % et 8 %, avec une explosion démographique d’environ 1,4% par an depuis 2004 qui la propulsera au premier rang d'ici 2025. En 2022, l'Inde sera le pays le plus peuplé au monde. Ce développement laisse 300 millions d’Indiens vivre encore sans électricité et dans une pauvreté extrême qui frappe près de un habitant sur cinq.  Ces populations très pauvres s'entassent dans des mégapoles industrielles très polluées affichant des émissions de gaz à effet de serre seize fois plus importantes que dans les zones rurales. Ces villes sont amenées à devenir des géants énergivores qui accueilleront 500 millions d’habitants supplémentaires d’ici à 2050.

Le charbon est la principale énergie consommée par le pays (44% du mix national), devant la biomasse et les déchets (24%) et le pétrole et autres hydrocarbures liquides (23%). L’Inde dispose des 5e réserves prouvées au monde de charbon et entend fortement augmenter sa production pour satisfaire ses besoins énergétiques croissants : le pays a annoncé en 2015 un objectif de production avoisinant 1,5 milliard de tonnes de charbon en 2020, soit quasiment le triple de son niveau de production de 2013. La consommation de pétrole est en plein essor. Partout, usines, usines, bureaux, commerces et particuliers pallient les coupures d'éléctricité quotidiennes avec des générateurs de diesel. Dans les campagnes, 90 millions de lampes à kérosène compensent les carences du réseau électrique. Et même si seulement 5% des ménages indiens possèdent une voiture personnelle, les villes donnent l'impression d'être complètement saturées. Chaque jour à New-Delhi, 1400 nouveaux véhicules s'ajoutent aux 4 millions déjà en circulation, ce qui contribue à en faire la capitale la plus polluée du monde, devant Pékin, avec six fois le niveau toléré de particules fines. L'Inde est le deuxième pays au monde comptant le plus de décès prématurés dus à la pollution.

Les énergies fossiles (principalement le charbon) ont compté pour près de 81,9% de la production électrique indienne en 2015. Suit l’hydroélectricité qui compte pour plus de 10% de cette production nationale (l’Inde est le 7e producteur hydroélectrique au monde en 2017). Pour diversifier son mix de production électrique et limiter ses émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement indien a lancé en 2015 un grand plan de développement des énergies renouvelables pour quadrupler la puissance installée des installations éoliennes, solaires, de biomasse et de déchets à hauteur de 175 GW en 2022, dont 100 GW solaires (principalement au Gujarat et au Rajasthan) et 60 GW éoliens (principalement dans les États du sud du pays comme le Tamil Nadu). L’Inde mise également sur l’énergie nucléaire, autre source électrique « décarbonée » : le pays dispose du 7e parc nucléaire au monde avec 21 réacteurs en service et 6 en cours de construction. Selon l’AIEA, le nucléaire comptait pour 3,5% de la production électrique indienne en 2015. L’Inde présente la particularité de développer la filière thorium, combustible dont le pays possède d’importantes réserves.

L’électrification est un autre enjeu majeur de l’Inde. En 2013, près de 19% de la population indienne, soit environ 240 millions de personnes, n’avait toujours pas un accès basique à l’électricité selon l’AIE, ce chiffre masquant de grandes disparités entre les zones urbaines et rurales. De plus, le pays souffre encore de coupures électriques de grande ampleur lors des pics de consommation, pouvant durer quelques heures à plusieurs jours dans certaines zones.

Les changements apportés par lère industrielle sont littéralement visibles à l'oeil nu. En sillonnant le pays, il arrive fréquemment de ne pas reconnaître des endroits visités six mois auparavant : partout de nouvelles routes, des immeubles en construction, des projets d'usines ou de barrages, et surtout l'explosion tentaculaire des villes, transforment les paysages. Les forêts reculent et la pollution industrielle s'étend. Le Gange, fleuve sacré, figure parmi les dix plus pollués au monde. La Yamuna, qui traverse New-Delhi, étouffe par endroits sous des amas de déchets et de mousses suspectes. On trouve tout le long de la Yamuna, un grand nombre de monuments historiques, tels que le Taj Mahal et le Fort rouge à Agra ou encore le Fort Rouge à Delhi. Autrefois artère commerciale importante, le Yamuna sert aujourd'hui principalement à l'irrigation des États d'Uttar Pradesh et du Pendjab. Environ 57 millions de personnes dépendent des eaux de la Yamuna. Avec un volume annuel d'environ 10 000 millions de m3 et l'utilisation de 4 400 millions de m3 — dont 96 % pour l'irrigation — la rivière participe pour plus de 70 % à l'approvisionnement en eau de Delhi. La Yamuna est, après le Gange et la Sarasvati aujourd'hui disparue, le cours d'eau le plus sacré en Inde. 

De plus, la raréfaction de l'eau est devenue en Inde une préoccupation majeure. Avec des nappes phréatiques surexploitées par l'agriculture, la moitié des états indiens sont déjà classées en stress hydrique élevé et la plupart des études prévoient l'épuisement total des réserves du pays d'ici à 2025-2030. Et dans les campagnes du Nord au Sud, les femmes doivent parcourir de longues distances avec leur jarre pour trouver une eau souvent contaminée par des rejets chimiques.

L'Inde face au changement climatique

L’Inde, qui a eu longtemps la réputation d’être inflexible dans les négociations sur le changement climatique, a adopté une attitude plus conciliante lors de la COP21.

Ce changement d'attitude s'explique certainement par une volonté de ne pas être la seule puissance émergente à rester en retrait lors des négociations, mais également parce que l’Inde a une conscience plus aiguë des catastrophes qui la menacent. Avec le réchauffement des températures, les précipitations pendant la mousson seront plus abondantes et de courte durée, mettant en danger la production agricole du pays. La fonte des glaciers de l’Himalaya aggravera les risques de crue dans la plaine du Gange, et les cyclones seront plus nombreux à balayer sa côte Est.

Le pays a pris conscience de ces dangers lors des inondations qui ont ravagé la ville de Chennai, dans le Sud, en décembre 2015. Destructrices, elles comportent également des risques sanitaires importants, en favorisant la multiplication de moustiques porteurs de la dengue, du chikungunya ou du paludisme. Le gouvernement évalue les pertes liées à l’élévation des températures à 1,8 % de son PIB annuel jusqu’en 2050.

La contribution de l'Inde dans l'Accord de Paris à la COP 21

Dans sa contribution INDC à Paris, l’Inde a annoncé vouloir continuer à se développer tout en étant prête à infléchir son mode de développement pour agir en faveur de la planète. Car le sous-continent indien est une des principales victimes du dérèglement climatique.

A l'issue de la COP21, le gouvernement indien annonçait vouloir augmenter la capacité de production d’énergie renouvelable à 175 gigawatts (GW), contre 38 GW aujourd’hui, en misant essentiellement sur le solaire, un objectif jugé ambitieux. Le premier ministre, Narendra Modi, est également à l’origine de l’Alliance solaire mondiale, destinée à favoriser les partenariats entre 120 pays pour promouvoir cette énergie renouvelable.

D’ici à 2030, l’Inde veut augmenter la part des sources d’énergies non fossiles à hauteur de 40 % de sa production d’électricité grâce au transfert de technologie et aux financements internationaux à faible coût, y compris au Fonds vert pour le climat. Cet objectif l’obligerait à multiplier par dix ses capacités de production nucléaire, de 6 GW à 63 GW. De nombreux experts y voient un programme irréaliste et contestable, tant la construction de centrales rencontre une forte opposition dans le pays. Les analystes et ONGs voient d'un mauvais oeil le fait que l'Inde n'abandonne pas le développement de son énergie nucléaire et fait l'impasse sur les centrales à charbon "propre".

Malgré ces difficultés, la transition énergétique figure tout de même dans son plan climat. Les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, éléments clés pour un avenir bas-carbone durable, constituent un bon point du plan climat de l’Inde puisque New Delhi s’est aussi engagée à réduire d’au moins un tiers (de 33 % à 35 %) l’intensité carbone de son PIB d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005.

Au total, l’Inde évalue à 2 500 milliards de dollars (2 200 milliards d’euros) l’ensemble des actions qui doivent être engagées en matière de climat. Elle compte sur les transferts de technologies et l’aide financière des pays développés pour atteindre ses objectifs. Car New Delhi entend bien mettre les pays riches qui s’alarment de l’augmentation des émissions indiennes, en face de leurs responsabilités. « On doit passer d’un discours sur le changement climatique à celui sur la justice climatique », avait déclaré, en septembre 2015, M. Modi.

Les engagements de l'Inde SUR LA ROUTE DE LA COP 25

L'Inde est un acteur-clé du changement climatique. A la fois pays émergent et troisième puissance économique mondiale, premier foyer de pauvreté et champion de la croissance sur laquelle repose aujourd'hui une partie de l'économie mondiale, l'Inde continue à se développer et son rôle est appelé à croitre dans le monde de demain. A chaque édition des Cop, l'Inde pèse de tout son poids sur les négociations internationales autour du climat.

L'Inde négocie son adaptation climatique et sa transition énergétique pour que la communauté internationale soutienne d'importants moyens technologiques, financiers et de renforcement de capacité. L’Inde a devant elle une formidable opportunité : ses villes, ses réseaux de transports du futur, son développement, peuvent encore être conçus de façon à limiter la consommation d’énergie. Le pays évalue à 2 500 milliards de dollars l’ensemble des actions qui doivent être engagées en matière de climat.

Un fonds d’adaptation national pour le changement climatique a été mis en place par le gouvernement indien avec un financement d’environ 18 millions de dollars. Ce fonds doit permettre de multiplier par trente la production solaire d’énergie, à 100 000 mégawatts d’ici à 2022, un objectif jugé ambitieux par de nombreux experts. Même si cet horizon est atteint, 40 % de la consommation énergétique indienne dépendra encore du charbon en 2022. D'ou le besoin de trouver des accords avec les pays avancés, et avec ses voisins comme la Chine.

ETAT DES LIEUX en fonction de l'actualité récente :

Comptant pour environ 3 % du PIB mondial en 2016, contre 1,6 % en 1980, l’Inde a enregistré depuis les années 2000 une accélération de sa croissance, avec un pic en 2010 à plus de 10 %. Depuis, la croissance indienne se maintient à environ 6,8 % avec un point haut à près de 8 % en 2015, ce qui permet ainsi à New Delhi de se placer en tête des pays du G20 en matière de dynamisme économique.

Depuis 2014 et l’élection de Narendra Modi, l’Inde est entrée dans une nouvelle ère de son développement économique avec la mise en place d’une politique baptisée « Make in India ». Cette dernière vise à accélérer l’industrialisation du pays et à lui permettre de s’insérer de manière plus marquée sur les marchés internationaux.

Dans ce contexte, les défis auxquels l’Inde doit faire face sont nombreux, puisque New Delhi doit gérer une dépendance grandissante aux approvisionnements extérieurs et un nouveau modèle de développement dans un contexte de transition énergétique.

L’Inde, qui accueille la Conférence des parties (COP) dans la banlieue de New Delhi (en septembre 2019) et prend la présidence de la Convention pour deux ans, a de quoi s’inquiéter. Les deux tiers de ses terres se trouvent en zone aride ou semi-aride, et 30 % sont en phase de désertification, en augmentation de 145 000 hectares par an. La «révolution verte», qui a permis depuis les années 60 une explosion des rendements agricoles et l’autosuffisance alimentaire du sous-continent, a été menée à coups de subventions pour l’achat de pesticides et le pompage sauvage des nappes phréatiques. Ce modèle perdure. Les aides aux engrais s’élèvent à 10 milliards d’euros dans le budget 2019-2020, en hausse de 14,2 % en un an.

La désertification touche 250 millions de personnes dans le monde. Et les premières victimes sont les plus pauvres car elles tendent à surexploiter ces champs pour leur nourriture, leur énergie ou leur logement. «La désertification est ainsi la cause autant que la conséquence de la pauvreté, et toute stratégie efficace doit avant tout lutter contre elle», poursuit l’ONU. Car les risques sont catastrophiques : cette dégradation pourrait entraîner la migration de 50 millions à 700 millions de ruraux d’ici à 2050. Pas sûr que les villes surpeuplées de demain puissent se permettre ce luxe.

Relativement à sa population et à l’immensité de son territoire (plus de 3 millions de km2, soit environ six fois la France), l’Inde est pauvrement dotée en ressources énergétiques. Deuxième pays le plus peuplé au monde après la Chine et ses 1,379 milliard d’habitants, l’Inde représente environ 17 % de la population mondiale mais ne possède que 0,65 % des réserves mondiales de gaz, 0,3 % des réserves de pétrole et 8,3 % des réserves de charbon.

L’Inde est aujourd’hui dépendante des marchés extérieurs à près de 81 % pour le pétrole, 55 % pour le gaz et à 30 % pour le charbon. Sur les marchés pétroliers, l’Inde importait, en 2015, 59 % de son pétrole du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite constituant son premier fournisseur (20 %), suivi de l’Irak (17 %), des pays africains (19 % dont 11 % pour le seul Nigéria) et du Venezuela (11 %).

Le mix énergétique de l’Inde est largement dépendant du charbon, qui représente 44 % de la consommation d’énergie primaire et plus généralement des énergies fossiles (73 %). Dans le système électrique, le charbon représente 62 % des capacités de production et près de 75 % de la production d’électricité en 2016, selon les données d’Enerdata.

Les questions pétrolière et charbonnière constituent encore à l’heure actuelle le cœur des préoccupations énergétiques des dirigeants indiens, alors que le gaz (8 % de la production d’électricité) reste quelque peu en retrait. Les prévisions de consommation à l’horizon 2040 ont tendance à renforcer cette vision.

Seconde puissance démographique mondiale mais 144e en matière de PIB par tête, l’Inde se doit de soutenir durablement son industrialisation et sa croissance économique pour répondre aux attentes de sa population en matière d’emplois et de revenus.

La politique du Make in India menée depuis 2014 illustre sa volonté d’attirer les investissements étrangers dans de nombreux secteurs et d’émerger enfin sur la scène mondiale, suivant l’exemple de la Chine lors de la dernière décennie. Dans la situation technologique actuelle de l’Inde, une croissance soutenue de son économie ne peut néanmoins se réaliser que par le biais d’une consommation énergétique grandissante alors que le pays est déjà le 3e plus grand consommateur mondial. Dans ce pays faiblement doté en ressources énergétiques (hormis le charbon), la question de l’indépendance énergétique est aujourd’hui une des priorités principales du gouvernement. Si celui-ci entend développer les énergies renouvelables dans le futur, sa politique en matière d’énergie fossile traduit sa ferme intention de prioriser l’avenir économique du pays à court terme.

En proie aux problèmes de pollution comme en témoignent les récents épisodes de pollution atmosphérique à New Delhi – une étude récente du Centre pour la science et l’environnement attribue ainsi 30% de morts prématurées dû à la pollution de l’air en Inde –, le pays se doit désormais de trouver une voie conciliant croissance économique, moindre dépendance énergétique et réponse aux impératifs climatiques et environnementaux.

L'Inde essaie de réduire son empreinte énergétique de différentes manières : en remplaçant par exemple tous ses lampadaires par des LED. Le ministre de l’Énergie indien, Raj Kumar Singh, a allumé le 10 millionième lampadaire avec une télécommande, récemment à New-Delhi. Dans le cadre du Programme national d’éclairage des rues, mis en place par une entité publique (Energy Efficiency Services Ltd), 270 000 km de route sont désormais éclairés à la LED, rapporte l’agence de presse indienne PTI.

Selon le ministre, le dispositif permet d’éviter l’émission de 4,63 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an. Rappelons qu’une tonne de CO2 équivaut à un aller-retour Bruxelles – New York pour un passager.

L’Inde doit poursuivre son plan de développement d’éclairage basse consommation jusqu’en mars 2020, date à laquelle le pays devrait compter 13,4 millions de ces éco-lampadaires.

Ces initiatives sont relatées dans un ouvrage de Bénédicte Manier "Made in India, le laboratoire écologique de la planète": utilisation de l'énergie solaire, méthodes de reboisement. Dans ce livre l'auteur témoigne des solutions proposées à l'échelle locale : reforestations citoyennes, agriculture durable, autosuffisance en eau, villages éclairés au solaire, réduction des déchets, déserts convertis en oasis. Une société civile ingénieuse met ainsi en place des initiatives écologiques et sociales. Cela nous permet d'entrevoir une société qui, sans attendre les promesses des grandes conférences environnementales internationales, prend des initiatives. Nous allons en témoigner ici :

  • La gestion intelligente des déchets: le ZERO WASTE CENTER du Kérala :  Dans les années 2000, 500 kgs de déchets étaient jetés chaque jour sur les plages. On trouvait des sacs et des bouteilles plastique dans les vagues, au fonds de la mer, dans les rivières et sur les bas-côtés des rues. Face à cette invasion de déchets le gouvernement du Kérala a hésité entre deux mesures : soit aménager une grande décharge en dehors de la ville- ce qui aurait déplacer le problème-, soit construire un incinérateur. Mais les habitants ont refusé par crainte des fumées toxiques. A ce moment-là, Shibu K.Nair, militant écologiste, décide de se mettre en marche pour bannir tous les contenants plastique et les remplacer par des matériaux locaux, réutilisables ou biodégradables : toile de coton, jute, papier, fibre de bambou et coques de noix fournies par les cocotiers de la région. Shibu Lance la formation de 2000 femmes au sein d'associations locales et du Zeo Waste Centre, ouvert par son association. Son objectif est de monter une filière durable de production de contenants en matières végétales. Ces femmes vivent aujourd'hui de la vente de sacs en fibres naturelles ou recyclées, de gobelets en papier et en noix de coco. Cette conversion réussie a pu se concrétiser grâce au soutien de plusieurs partenaires, dont Greenpeace, l'office de tourisme du Kérala et l'association des hôteliers de la ville. Ce processus collectif qui a imposé le changement vers le zéro déchet est un modèle transposable à d'autres régions d'Inde ou du monde.
  • Le recyclage des ordures à PUNE : Près de 4 millions de travailleurs survivent grâce au ramassage et au tri des ordures en Inde, dans des conditions souvent épouvantables pour la santé. Dans toute l'Inde environ 1,5 millions de chiffoniers collectent chaque jour avec une carriole, les ordures à l'intérieur des maisons et parcourent les décharges, un sac sur le dos. Mal considérés, ces hommes, femmes et enfants de basse caste, qui exercent l'un des pires métiers du pays, fournissent pourtant un service essentiel. Depuis 2007, à Pune dans l’ouest du pays, la coopérative SWaCH (pour Solid Waste Collection and Handling), la première coopérative de ramasseurs de déchets du pays a sorti de la marginalité et de la misère près de 3000 collecteurs, en majorité des femmes. A l’heure où l’Inde s’urbanise, SWaCH est devenu un modèle dans l’intégration des travailleurs du secteur informel et dans la collecte des ordures. Sur les 65 millions de tonnes de déchets solides produits dans le pays chaque année, entre 75 % et 80 % sont collectés et seul le quart est traité. Près de quatre millions de travailleurs du secteur informel ramassent en Inde les déchets, souvent dangereux pour la santé.« Notre modèle permet de réduire la quantité de déchets grâce au tri et au recyclage effectué à la source », plaide Aparna Susarla. La moitié des déchets de Pune sont ainsi recyclés. SWaCH affirme que le recyclage du papier dans la ville empêche à lui seul l’abattage de plus de 350 000 arbres et permet d’économiser 130 000 tonnes de CO2 par an. Dans toute l'Inde il faut savoir que 1,5 millions de "waste pickers", pourtant très mal considérés par leurs concitoyens, collectent chaque jour avec une carriole les ordures à l'arrière des maisons et parcourent les décharges, un sac sur l'épaule. Les matières organiques finissent dans des composteurs et dans les 15 méthaniseurs de la ville, dont le biogaz continue à éclairer la ville. Ce circuit organisé a réduit les volumes déposés ou brûlés sur les décharges de la ville et a ainsi évité l'installation d'incinérateurs polluants à Pune. Cette initiative a contribué à la création de l'Alliance mondiale des récupérateurs, un réseau présent dans le monde entier. Nous savons que ce circuit exemplaire mis en place par les femmes de Pune constitue une étape décisive dans la dépollution des villes et dans la lutte contre les GES.
  • L'upcycling en Inde : cette pratique consiste à recycler des déchets en leur donnant une valeur ou une utilité supérieure : palettes transformées en mobilier, vieux tissus en création vintage, mais également des plateformes de reventes d'appareils électroniques d'occasion (téléphones, ordinateurs, télévisions, etc...), plus des entreprises qui mettent au point des procédés écologiques de recyclage de matériel informatique. C'est ainsi que Vimlendu JHA a fondé Swechha. Il est considéré comme un des "changemakers" les plus influents de sa génération par la presse indienne. Il voit l'Inde comme "un laboratoire composite, d'où des solutions émergent, au milieu d'une dégradation générale provoquée par le marché. Bien sûr, ce qu'on fait ne va pas aussi vite que ce qui se dégrade. C'est une goutte d'eau. Mais on ne va pas s'arrêter pour autant. Ni cesser de croire que les choses peuvent changer". Mais il faut aller jusqu'à Chandigarh, la capitale du Penjab dessinée par Le Corbusier, pour comprendre à quel point l'upcycling a son importance ici : un parc de 16 hectares, le Rock Garden, construit par Neck Chand, un habitant de la ville, avec des déchets ramassés dans les rues et sur les chantiers. Ce haut lieu de l'art populaire est aujourd'hui visité par des milliers de personnes chaque année.
  • Les Ugly Indians : dans la ville de Bangalore, la Silicon Valley indienne, des bénévoles, se donnent rendez-vous pour des opérations flash de nettoyage urbain. Ils ont créé des émules dans de nombreuses villes indiennes.Ces opérations de nettoyages locaux peuvent sembler anecdotiques quand on pense au volume de déchets urbains mais ils témoignent aussi du très grand dynamisme de la jeunesse indienne qui veut voir son pays - et le monde - changer. Ce que nous disent les Ugly Indians c'est que nous sommes tous responsables de notre environnement, y compris des espaces publics, qui sont aussi des biens communs. C'est la raison pour laquelle ces jeunes, qui reflètent la forte implication de de la jeunesse indienne, s'engagent davantage : ils ont lancé en 2014 l'opération "Adopt-a-mile" incitant les riverains à s'approprier leur propre rue et à planter des fleurs ou des arbres.

Alors que l'Inde brûle toujours plus d'énergies fossiles, 40% de l'éléctricité pourrait être produite par des énergies renouvelables en 2030.

Comme le dit Benjamin Joyeux dans Mediapart, "l'exemple de cette organisation indienne et de ses réalisations constitue un grand espoir et une démarche à suivre et à soutenir pour tous les partisans d'une écologie populaire à l'échelle du globe, qui part des plus précaires et des plus marginalisés pour remettre radicalement en question notre modèle économique actuel et promouvoir un autre développement, favorable à tous".

 

 

sources

Wikipedia : L'énergie en Inde

Evaluation de Climate Action Tracker pour l'Inde

La note de l'Inde par CAT

Le scoreboard de l'Inde par Climate interactive

Dialogue de consciences pour un monde plus juste Médiapart du 15 janvier 2019

Projets d'irrigation en Inde Libération du 1 septembre 2019

Les progrès de l'Inde Les Echos du 25 décembre 2019

La réduction des GES en Inde Science Post du 2 janvier 2020

Impacts sur l'économie automobile La Croix du 30 décembre 2019

 

Fiche pays

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