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Temps de réponse lors d'un interrogatoire.

Présentation générale de la démarche

Dans le cadre du thème MPS, des élèves de seconde ont réalisé un véritable travail de recherche.

En effet, les détecteurs de mensonge existent mais ne sont pas reconnus devant les tribunaux français. De nombreuses séries mettent pourtant en avant la capacité à détecter le mensonge comme "Lie to me" et "Mentalist". A partir de cette accroche, le travail de recherche a été effectué pour déterminer si on peut détecter une réponse mensongère par le temps mis à répondre.

Le travail s'est fait en trois temps:

  • expérimentation, comme cobaye, d'un protocole expérimental d'interrogatoire
  • analyse des résultats
  • critique et amélioration du protocole

 

Expérimentation du protocole

Les élèves ont accepté, dans un premier temps, de subir un interrogatoire durant lequel leur temps de réponse était mesuré. Pour plus de sincérité, il n'avait pas connaissance des paramètres testés.

L'hypothèse était simple: créer une réponse mensongère doit prendre plus de temps que répondre sincèrement.

Les questions posées étaient également simples, volontairement, dans le cadre du protocole utilisé:

- répondre sincèrement à la question "quel est votre prénom?"

- répondre en mentant à la question "quel est le prénom de votre maman?"

Les élèves ne connaissaient pas les questions à l'avance et chaque élève interrogé restait dans la salle d'interrogatoire après celui-ci.

L'enregistrement des réponses se faisait sous Synchronie, chaque réponse étant exprimée dans un micro. Ce logiciel permet d'enregistrer le signal sonore entrant en fonction du temps. Il a cependant fallu réfléchir au déclenchement de l'enregistrement. Après quelques essais, j'ai déterminé les mots déclenchant la réponse dans chaque question à savoir:

- Prénom dans la première question

- Maman dans la deuxième question

Le lancement de la mesure se faisait à la première syllabe de Prénom et la deuxième question était posée de manière à ce que la première syllabe de Maman soit prononcée à 10s d'enregistrement. Ces choix constituent des "hypothèses de travail " qui pourront toutes être critiquées dans le troisième temps du travail.

 

Protocole de lancement des mesures

Déclenchement de l'enregistrement en fonction des questions.

Sur cette image, les deux premières flèches pointent la syllabe déclenchante, la troisième flèche pointe la réponse, peu sonore, de l'élève.

Exploitation des résultats.

 Suite à l'interrogatoire des trois groupes de MPS travaillant sur ce projet, des données n'ont pu être conservées :

- mauvais protocole pour le premier groupe, un unique micro était utilisé pour poser et répondre aux questions générant un signal diffus et peu exploitale

- problèmes de micro ou d'enregistrement, plus rares, sur les groupes 2 et 3

Les résultats ont été retranscrits en tableau Excel.

Ces résultats ont été utilisés pour réaliser des "boîtes à moustache",  ou box plot, lors de la séance de mathématique.

A partir des box plots obtenues, les élèves devaient conclure sur l'expérience et critiquer le protocole.

La réalisation des boîtes à moustache n'a pas posé de problème puisque cette technique avait été enseignée aux élèves lors des séances de mathématiques.

Une réflexion a néanmoins pu se faire concernant l'échelle à donner aux 2 boîtes à moustache, les élèves n'ayant pas eu l'idée de faire des échelles identiques.

 Eleve 2 V2
Exemple de boîte à moustache tracée par un élève

 

La plupart des élèves a constaté que la dispersion des valeurs était différente dans les deux cas mais qu'il existait une fourchette de temps de réponse pouvant correspondre aussi bien à un mensonge qu'à une réponse véridique. Une gamme absolue, valable pour l'ensemble des humains, de temps de réponse véridique ne peut donc être établie. Néanmoins, si on considère que les deux valeurs obtenues pour un individu, on peut déterminer quelle est la réponse véridique par un délais plus court entre la question et la réponse.

 

Eleve 1 V3
Analyse d'un élève

Critique du protocole

La consigne concernant la critique du protocole a été améliorée à l'oral car les élèves étaient assez empruntés par rapport à celle-ci; je leur ai finalement demandé de proposer deux améliorations au protocole initial.


Il a été remarqué qu'il était plus simple de répondre, sans mentir, à la question "quel est ton prénom", qu'à la question "quel est le prénom de ta maman?". Le fait d'avoir toujours posé la question sans mentir concernant le prénom de l'élève a donc pu biaiser les résultats de l'expérience.

Parmi les propositions d'amélioration:

- dans la consigne, limiter la réponse à un mot pour éviter les réponses commençant par "euhhhhhh..." ou "je m'appelle ...", ce qui fausse le temps de réponse

- changer l'ordre des questions sans mentir et en mentant

- diversifier les questions et ne pas attendre uniquement des prénoms

- modifier les questions entre les premiers et les derniers élèves à passer

 

 ll apparait ainsi que le protocole pourra être relancé l'année prochaine avec d'autres élèves de MPS. On pourrait imaginer travailler avec les élèves d'un groupe une liste de questions fermées qui seraient posées au groupe suivant. Un ensemble de 10 questions semble imaginable, de manière à ce qu'on puisse proposer un couple de question original aux différents élèves.  Il pourrait aussi être envisagé de réaliser une gamme de réponse véridique et une autre gamme de réponse mensongère pour un individu (d'un point de vue statistique, 30 réponses de chaque permettrait de réaliser une gamme valide).

On pourrait aussi générer un ordre aléatoire de questions en proposant un jeu de pile ou face avant de débuter les questions.

 

Bilan pour l'année:

Ces séances ont été intéressantes du début de l’expérimentation jusqu’à la fin.

  • L'engouement des élèves

Les élèves de seconde sont souvent des adeptes de séries américaines et la présence des séries Lie to me et Mentalist sur les écrans au moment du test ont certainement joué sur cet engouement. Mais cela n’est certainement pas tout.

Cette expérimentation proposait également un nouveau contexte : travailler sur un problème n’étant toujours pas résolu, à savoir, comment repérer si un individu ment. Le fait qu’aucun dispositif de détection des mensonges ne soit reconnu en France et qu’aucun dispositif sûr à 100% existe, a renforcé l’idée qu’ils participaient à une « vraie expérience scientifique », un vrai travail de recherche et non un simple TP. Cette ambiance a également modifié les réponses apportées, moins attendues, plus prudentes, que lors des TP de SVT par exemple. Hélas, les traces écrites ne témoignent pas toujours de la richesse des échanges oraux.

  • Protocole à améliorer

Malgré la difficulté d’adapter le matériel : ordinateur de lycée, logiciel synchronie et simple micro, un protocole a pu être mis au point fournissant assez de données fiables. Les élèves de MPS ont alors pu travailler sur la dispersion de ces données d’un point de vue mathématique avant de revenir à la thématique SVT.

Si les résultats semblent laisser peu de place à la réflexion tant ils sont tranchés, le protocole était largement critiquable. Cette critique a été réalisée par les élèves et va permettre une poursuite de cette étude lors des années scolaires à venir à partir d'un protocole amélioré.

  • Des perspectives d'étude linguistique

 Durant les phases de test préparatoires, réalisées sur des adultes, j’avais remarqué que ceux-ci n’arrivaient pas à faire des mensonges complets. Souvent, le prénom inventé contenait au moins une syllabe commune avec le prénom réel.

Je pensais que l’expérimentation réalisée sur les élèves de seconde mettrait en évidence le même phénomène, ce qui n’a pas été autant le cas que je l’aurais imaginé.

Néanmoins, un autre phénomène est apparu : les élèves du lycée de Rillieux la Pape, majoritairement d’origine étrangère (Afrique du nord, Afrique noire, Asie et autre) ont souvent inventé un prénom très « français », rendant le mensonge peu crédible. Une jeune fille nord africaine, ayant répondu que sa maman s’appelait Marie Antoinette, déclencha l’hilarité de tous. Ce résultat linguistique laisse ainsi présager que le mensonge s’inscrit également dans un contexte culturel. L’aide d’un chercheur dans ce domaine serait certainement très fructueuse…