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Grippe aviaire: se préparer à la pandémie

Le H5N1 virus responsable de la grippe aviaire, son mode de transmission et d'infection. Quelle prévention?

Transmission

Le virus H5N1 est actuellement présent essentiellement chez les oiseaux, ils représentent le réservoir de la grippe aviaire.

  • Entre oiseaux de la même espèce ou entre oiseaux d'espèces différentes

La grippe aviaire est connue et a été décrite chez le poulet et la dinde mais tous les oiseaux domestiques et sauvages sont probablement sensibles au H5N1. C'est l'eau contaminée par les fientes ( notamment les étangs et les lacs) qui servirait de vecteur au virus et assurerait essentiellement la transmission indirecte entre oiseaux d'espèces différentes. Les oiseaux migrateurs sont fortement soupçonnés d'être des vecteurs de dissémination transfrontalière à grande distance. La transmission d'oiseaux à oiseaux de la même espèce est possible par contact direct, c'est pourquoi les élevages, où les oiseaux vivent en promiscuité, sont facilement décimés.

  • La grippe aviaire partagée

Des félins ont été infectés après ingestion d'oiseaux morts de l'influenza aviaire notamment dans certains zoos de Thaïlande . La transmission de félins à félins a été observée par régurgitation de nourriture partagée ou disputée.

  • Les contaminations humaines sont possibles

Le virus H5N1 a réussi à passer la barrière des espèces mais même si cette transmission d'oiseaux à humains est possible elle reste exceptionnelle car elle nécessite un contact très rapproché avec les animaux malades. Les contacts ont pu s'établir dans les cas suivants:

- après exposition directe avec des volailles au cours de laquelle l'homme a inhalé des poussières de fientes ou des sécrétions respiratoires infectées

- après ingestion d'eau contaminée par des fientes d'oiseaux infectés

- après contact des muqueuses de la gorge et du nez ou des yeux lors de baignades dans de l'eau souillée

- après utilisation directe de fientes d'oiseaux non traitées comme fertilisants

Les enfants sont majoritairement touchés, deux raisons expliquent cette observation:

- ll est difficile d'éviter des comportements à risque ( jeux ou gardiennage) des enfants qui sont en contact avec des oiseaux infectés

- le système immunitaire des enfants est moins performant face aux virus grippaux que celui des adultes 

Aucun cas de transmission n'est possible par la consommation de viande cuite, le virus est tué à des températures inférieures à 80°C.

Infection

Le virus présente à sa surface des protéines: l'hémagglutinine et la neuraminidase, elles sont indispensables à la fixation et à l'entrée du virus dans les cellules de l'hôte puis à sa sortie.

  • Le rôle de l'hémaglutinine Ha

Tant que le virus est présent dans l'eau ou dans l'air, il est non infectieux, pour le devenir il doit être mis en présence d'une enzyme spécifique, une protéase, présente à la surface des cellules des voies respiratoires (chez les oiseaux, les humains et autres mammifères). Elle seule permet de cliver l'hémagglutinine Ha en deux sous parties Ha1 et Ha2. Quand l'hémagglutinine est clivée elle agit comme une clé reconnaissant un site spécifique jouant le rôle de "serrure" ou récepteur sur la membrane de la cellule des voies respiratoires supérieures. La particule virale devient alors infectieuse et peut pénétrer dans les cellules du système respiratoire pour s'y multiplier. Jusqu'à présent les virus aviaires comme le H5N1 n'ont pas la capacité de reconnaître les molécules spécifiques faisant fonction de récepteurs sur les cellules des voies respiratoires supérieures humaines.

  • Le rôle de la neuraminidase

La neuraminidase permet la libération des virus de la cellule hôte. Sans la présence de cette protéine, les nouveaux virus fabriqués par la cellule hôte adhèrent et ne peuvent plus se propager. L'infection cesse. En présence de neuraminidase, ils sont libérés, peuvent à nouveau infecter d'autres cellules et un nouveau cycle sera ré-initialisé. Voir "le cycle du virus grippal"

  • Le virus grippal est contagieux

Le virus H5N1 est particulièrement contagieux, sa période d'incubation est plus élevée que celle de la grippe classique, de 4 jours à 17 jours dans certains cas contre 2 jours pour la grippe classique. Le patient atteint ne peut déclarer les premiers symptômes que 4 à 17 jours après le contact avec le virus ce qui augmente le temps de contagion à son insu. De plus les sujets humains ou animaux morts de la grippe restent contagieux une dizaine de jours après le décès. Les cadavres animaux doivent donc être soustraits aux nécrophages, charognards... c'est pourquoi, tous les élevages touchés par le virus ont été exterminés.

 

Le risque d'une pandémie

Pourquoi redouter une pandémie alors que la très grande majorité des cas avérés l'est chez des personnes qui étaient en contact direct avec des volailles infectées?

La propagation de l'infection chez les oiseaux sauvages ou d'élevage augmente et ainsi les contacts homme-animal aussi.

Le virus H5N1 comme tous les virus grippaux a une grande capacité à muter.

Les responsables de la santé craignent que ce virus H5N1 ne rencontre celui de la grippe humaine dans les cellules du porc, cet animal servirait alors de creuset. Les deux virus pourraient se recombiner dans les cellules du porc et donner naissance à un redoutable virus humanisé. Ce nouveau virus pourrait se propager d'homme à homme. Il n'existerait ni défense immunitaire humaine ni vaccin connu à ce jour capable de le détruire. Ce scénario est très préoccupant notamment en Asie où les élevages de poulets et de porcs sont souvent en très grande promiscuité. La vitesse de propagation d'une pandémie dans le monde serait aujourd'hui beaucoup plus rapide que lors de la grippe espagnole de 1918. Chaque point de la planète est accessible en 24 heures et le nombre de voyages aériens internationaux dépassent 700 millions par an. En cas de début de pandémie la suppression des déplacements aériens pourrait être une mesure efficace pour ralentir la dissémination du virus pandémique. 

Les mesures de prévention 

  • fragilité et survie du virus

- dans l'eau froide à 22°C il reste infectant 4 jours, à 0°C 30 jours

- dans la matière organique et dans les fientes de volaille en milieu humide, il reste contaminant 40 jours

- un poulet convalescent peut excréter le virus dans ses sécrétions oculaires et nasales jusqu'à 30 jours après l'infection

Le simple lavage à l'eau claire est insuffisant car le virus survit en milieu humide, il faut utiliser de l'eau savonneuse ou des désinfectants hydro-alcooliques .

La cuisson des aliments assure sa destruction à partir du moment où une température de 70°C est appliquée pendant au moins dix minutes

  • les mesures de prévention pour les animaux

                Pour les volailles:

- Eviter à tout prix les contacts entre oiseaux sauvages et domestiques

- Pratiquer une quarantaine (3 semaines) pour les oiseaux nouvellemnt introduits dans un élevage

- la vaccination des oiseaux d'élevage, les animaux vaccinés sont protégés contre le virus de la grippe avaire mais peuvent toutefois transmettre le virus aux autres oiseaux non vaccinés

                Pour les autres animaux:

- Séparer les différentes espèces élevées sur une ferme

- Eviter les contacts entre les autres espèces étrangères à la ferme ( rongeurs, chat...)

Il est important de noter que c'est quelquefois la main de l'homme qui facilite la propagation du virus:

        - négligence dans le nettoyage d'outils et d'équipements

        - négligence sur l'origine de l'eau et de la nourriture destinées aux animaux pouvant être une voie de contamination

        - les échanges commerciaux non contrôlés ( marchés et transports de volailles vivantes)

  • les mesures de prévention pour les humains

             Pour les éleveurs

Il est nécessaire de renforcer les règles d'hygiène habituelles comme le lavage des mains et des produits destinés à la consommation. Les éleveurs devront procéder à des étapes obligatoires en cas d'alerte ou de doutes de contamination:

- porter des masques, gants, lunettes et combinaisons

- installer des pédiluves ( désinfection des chaussures) à l'entrée de chaque batiment d'élevage

             Pour les personnels soignants

Les personnels soignants particulièrement exposés devront s'équiper d'un masque FFP2 en l'ajustant au visage, pince nez en place. Ce masque FFP2 filtre au moins 92% des particules de 0,01 à 1 micron de diamètre, il protège toute personne en contact d'un virus grippal hautement pathogène. Les patients malades doivent porter ces masques pour limiter les projections.
Ce masque devra être changé toutes les quatre heures. Le port de lunettes, de gants et d'une combinaison est conseillée. Après usage, gants, combinaison et masques sont jetés dans un sac agréé. Les lunettes et les mains devront être soigneusement lavés avec une solution de détergent-désinfectant pendant au moins 30 secondes.

 

masque FFP2

kit de protection

combinaison de protection

Matériel destiné aux personnels soignant préconisé par le Ministère de la Santé :

- casaque: tenue imperméable jetable en textile non tissé

- gants en latex non stériles

- lunettes de protection

Les caractéristiques du masque FFP2 sont disponibles sur le site: http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/grippe_aviaire/masque.htm


Les moyens de lutte et les traitements antiviraux

Les mesures mises en oeuvre dans les pays touchés par le virus H5N1 consistent à une mise en quarantaine ( interdiction de déplacement des animaux) et à l'abattage total des animaux infectés et exposés. Les batiments, le matériel et les parcours suceptibles d'étre contaminés doivent être désinfectés. Un renforcement du contrôle des déplacements des hommes et des animaux est réalisé.

Dans chaque pays il existe un plan national de lutte réalisé par les autorités sanitaires.

Les personnels médicaux et paramédicaux ont été formés par le Ministère de la Santé en France. Il existe un protocole précis désignant les conduites à tenir en cas de pandémie par un virus aviaire hautement pathogène. Il est consultable à l'adresse suivante: http://www.sante.gouv.fr/htm/dossiers/grippe_aviaire/protocole.pdf

Les médicaments antiviraux sont difficilement accessibles (soit à cause du coût, soit à cause de leur disponibilité dans les centres hospitaliers) aux populations les plus vulnérables des pays en voie de développement, de plus ils doivent être administrés dans les premières heures après l'apparition des premiers symptômes. Deux médicaments sont utilisés actuellement: le Tamiflu (oseltamivir) administrable par voie orale et le Relenza (zanamivir) qui se présente sous forme de spray.

Les vaccins humains contre la grippe aviaire n'existent pas à l'heure actuelle. Il est impossible de fabriquer un vaccin adapté à un virus qui n'existe pas encore