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Substitution sensorielle-suppléance perceptive

Discussion

Les dispositifs pour les non-voyants utilisent souvent l'idée de substitution sensorielle. Ces systèmes, qui prennent de multiples formes, sont fondés sur la conversion des stimulus propres à une modalité sensorielle : vision, audition, toucher et odorat en des stimulus propres à un autre sens.

Il est donc surprenant que ces techniques, mises au point dès les années 1960, n'aient pas envahi le quotidien des non-voyants.

 Il ne faut pas oublier que cette plasticité n'est pas celle uniquement des entrées sensorielles. La simple substitution d'une entrée sensorielle tactile ou auditive à une entrée sensorielle par le nerf optique ne donne pas accès en tant que telle à une perception. Il est nécessaire qu'il y ait un contrôle actif sur les capteurs sensoriels. La nécessité d'un apprentissage perceptivo-moteur souligne que cette plasticité est sensori-motrice. En effet, si l'on présente directement au sujet aveugle des formes statiques sur la matrice tactile ( la caméra est immobile, posée sur une table), celui-ci ne ressentira que quelques chatouillements ou irritations. Il n'y aura pas de reconnaissance ou de localisation d'objets externes et distaux: il n'y a pas de perception sans action.

Cependant, si la personne dispose des moyens de manipuler la caméra, elle développe rapidement des capacités de reconnaissance de forme spectaculaires.

Une autre déception de ces dispositifs vient du fait que les non-voyants recherchent, en fait, la connaissance de ce que les voyants décrivent, c'est-à-dire "les merveilles du monde visible". Les dispositifs ne permettent que la vision des formes, non celles des couleurs, des reflets.. et surtout l'émotion ( ce que Bach y Rita nomme les qualia, c'est-à-dire les qualités, les valeurs des choses perçues). Un aveugle de naissance n'éprouve aucune émotion lorsqu'on lui présente l'image de sa femme à travers ce dispositif.

Ce développement de l'émotion est d'ailleurs l'objet d'un projet actuellement entre l'équipe de Bach y Rita et Eliana Sampaio, de l'Université Louis Pasteur à Strasbourg: ce projet consiste à équiper très tôt des bébés non-voyants avec un système de substitution sensorielle ( dispositif électro tactile disposé sur l'abdomen des enfants qui commandent le zoom de la caméra grâce à une tétine ou même pour des bébés, une microcaméra à l'extrémité de la tétine avec un dispositif électro tactile en contact avec la langue).

 Tous ces dispositifs, en fait, ne restaurent pas les sens manquants. L'expérience perceptive que ces dispositifs autorisent n'est pas celle d'une perception visuelle dégradée, mais d'une expérience nouvelle.

Ces dispositifs ne sont donc pas une substitution d'une modalité à une autre, mais une forme de perception nouvelle, un nouveau couplage perceptif de l'homme avec le monde.

Certains auteurs ( Lenay et al., 2003) préfèrent alors parler de dispositifs de couplage sensori-moteurs ou systèmes de suppléance perceptive.